DES CAMPS D'AFGHANS À PANTIN

Depuis l'automne 2021, des réfugiés afghans affluent en France. 

Rarement en famille (auquel cas ils sont directement pris en charge par les services sociaux), ces hommes souvent très jeunes et dénués de tout ne vont pas tous à Calais dans l'ambition de se rendre en Grande-Bretagne.
Nombre d'entre eux viennent tenter leur chance à Paris, pour demander l'asile en France. 



N'ayant d'autre lieu où se reposer, ils dorment sous des tentes, regroupés, solidaires.
Deux camps se forment à l'automne : sous un pont SNCF à Bercy, camp qui est vite démantelé, et un autre derrière le parc de la Villette sous les ponts du périphérique 
puis du tram, à Pantin. 

Après l'évacuation de ce camp fin décembre avec 105 personnes, un autre camp s'est rapidement formé plus loin devant la mairie de Pantin, camp qui fut pour sa part évacué fin janvier avec 180 personnes.

Les afghans qui sont arrivés ensuite ont été chassés par les forces de l'ordre des bords du canal. Ils se sont installés début février sur le terrain vague dit du Cheval Noir à Pantin Raymond Queneau.

Deux mois plus tard, le camp du Cheval Noir compte plus de 150 personnes.

Camp n°1 - décembre 2021

PONTS DU PÉRIPHÉRIQUE ET DU TRAM

Camp n°2 -janvier 2022

DELPHINE SEYRIG (MAIRIE DE PANTIN)

Après la mise à l'abri préfectorale le 17 décembre 2021 de 105 personnes du camp, les nouveaux réfugiés qui sont venus s'installer sous les ponts ont été chassés par les forces de l'ordre (confiscation de tentes, harcèlement quotidien). Policiers qui ont fini par repousser les réfugiés en nombre le 24 décembre au delà de la limite de Paris, derrière le panneau "Pantin". Là, ils les ont laissés tranquilles. Un nouveau camp s'est formé.

Quand ils arrivent, les réfugiés n'ont rien pour dormir. Le temps qu'ils soient identifiés par Utopia 56 ou Pantin solidaire qui leur donnent tente et sacs de couchage, ils dorment à même le sol.

Pour s'abriter de la pluie, des tentes sont installées sous un pont, sur la piste cyclable.

Mais le pont est très étroit et ne peut accueillir que quelques tentes. Les autres s'installent où ils peuvent. Un groupe se forme le long du canal, sur les équipements sportifs.

TALIBAN IS MY ENNEMY
Il a 24 ans. Il a fui l'Afghanistan le 2 septembre dernier, pour arriver en France le 1er janvier.
Pakistan, Iran, Turquie, Bulgarie, Serbie, Hongrie, Autriche, Suisse. 7000€ de dettes pour faire le voyage, à pied en train ou en bus.
"Mon père était militaire, les talibans l'ont tué. J'ai essayé de décrocher le drapeau des talibans, et puis j'ai dû fuir. Les talibans sont mes ennemis. Je veux vivre ici, ne jamais retourner là-bas."
Cette photo a été prise le jour où il quittait le camp. Il avait un peu peur et était triste de quitter ses compagnons de galère. Il fait partie de ceux qui ont eu la chance de trouver un logement grâce à une association, dans une ville de province. "Ils m'ont donné une chambre seulement pour moi!"

Plus le camp compte de réfugiés, plus il y a de tensions entre les différentes communautés. L'entente est compliquée entre populations dari et pachtounes chez les afghans, mais le camp abrite également des syriens, yéménites, lybiens, égyptiens, algériens, marocains, et aussi des soudanais, somaliens, erythréens, etc. Ce mélange de cultures dans un contexte de survie est un terreau pour les désaccords et les conflits de toutes sortes. Un deuxième camp se forme à l'écart du premier pour calmer les tensions.

Les toilettes n'ont été livrées par la mairie que 5 jours avant l'évacuation des 180 personnes.

C'est cette tente qui leur a servi de toilettes jusqu'à ce moment-là.

L'ÉVACUATION, ou "mise à l'abri" préfectorale de 180 personnes le 26 janvier 2022

TENTATIVE DE NOUVELLE INSTALLATION

Le lendemain de l'évacuation, de nouveaux arrivants essaient de se réinstaller sur les anciens lieux de campement, mais sont systématiquement chassés par la police, sur ordre du préfet : "il ne doit plus y avoir une tente au bord du canal". Les réfugiés "doivent partir", mais où?

Camp n°3 - février 2022

CHEVAL NOIR

Les afghans ont finalement trouvé refuge le 27 janvier sur un terrain vague à l'écart de la ville, près d'un hôtel qui donne son nom au nouveau camp : le cheval noir.

La police est venue une fois menacer d'évacuer le camp. Puis jour après jour, des personnes arrivent au rythme de 5 en moyenne par jour, renseignées par leurs amis déjà présents sur le camp.

Sur le camp les journées sont longues, à attendre avec le seul objet qu'on possède : un téléphone.

Des associations se relaient pour passer tous les soirs distribuer des repas sur le camp (les Restos du cœur, le Secours populaire, Solidarité migrants Wilson, etc). Les réfugiés cuisinent aussi parfois avec les quelques ustensiles qu'ils parviennent à récupérer.

Militaire, il a passé 14 ans à se battre sur le front contre les talibans, dans la région de Jallalabad près du Pakistan.
Son corps est maculé d'éclats d'obus, il a perdu un doigt.
Quand son pire ennemi est arrivé au pouvoir, il n'avait d'autre choix que la fuite.
Il a quitté l'Afghanistan le 17 aout 2021, pour arriver en France début février après un long et éprouvant voyage.

"J'en peux plus de tous ces gens qui ont un avis sur la façon dont je dois mener ma vie, ce que je dois croire. Moi je respecte tout le monde mais je veux qu'on me laisse tranquille. Je suis venu ici pour être libre ! J'en ai marre du camp. Mon rêve, c'est une chambre pour moi tout seul. "

Au Refuge, situé à proximité du camp, les réfugiés peuvent prendre une douche, un café, charger leur téléphone... mais seulement par 20 personnes... on attend parfois 4 heures sans pouvoir entrer.

Les toilettes ne sont arrivées sur le camp qu'après plusieurs semaines, livrées par la mairie. Jusqu'à ce moment-là, l'hygiène posait de sérieux problèmes

Chaque jour de nouveaux réfugiés arrivent. En moins d'un mois le camp compte presque une centaine de personnes.

Après plus de deux mois d'existence, le camp compte plus de 130 tentes et plus de 150 personnes (ci-dessous)

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